Sibyl est née dimanche peu avant midi. Malheureusement, nous savions déjà que son coeur s'était arrêté de battre. 

 

Au départ, je comptais vous dire l'essentiel mais j'ai finalement décidé de raconter son histoire parce que même si je sais que les larmes risquent encore plus de couler, je sais qu'au final cela me permettra d'évacuer un peu de la douleur qui m'accable et d'être un peu plus sereine pour le reste de la journée.

 

Vendredi matin quand je me suis réveillée à 6h pour aller au toilettes, j'ai remarqué que Sibyl ne bougeait pas. D'habitude, elle se manifestait toujours quand je me recouchais la nuit. Et puis, j'ai réalisé qu'elle n'avait pas bougé du tout de la nuit. Alors j'ai commencé a essayé de la faire remuer. Au bout d'une bonne demi-heure, j'étais vraiment angoissé alors j'ai réveillé mon mari. Il m'a tout de suite dit qu'on partait pour la clinique.

 

Une fois là-bas, nous avons été pris en charge par une très gentille sage-femme, Amélie. Elle a palpé mon ventre et nous a confié plus tard qu'elle savait que quelque chose n'allait pas car le bébé oppose toujours une forme de résistance et là rien. Puis, elle n'arrivait pas à trouver le coeur en voulant poser le capteur du monitoring. Elle est donc partie chercher l'échographe. Il était pris en salle d'opération et c'est le gynéco de garde qui est arrivé avec 10 minutes plus tard. Il m'a posé plusieurs questions et a commencé l'échographie. Je me disais que je m'étais encore stressé pour rien puis j'ai vu le visage grave du gynécologue qui nous a dit très rapidement qu'en effet, il n'y avait plus d'activité cardiaque. Et tout s'est écroulé...

 

Mon bébé était mort! Je ne pouvais pas vivre ça, accoucher d'un bébé sans vie. Je voulais en finir tout de suite, ne pas la voir, encore moins la toucher... Pour moi, c'était le pire moment que peut vivre une femme, le plus traumatisant. Le gynécologue m'a expliqué qu'il était hors de question de faire une césarienne pour des raisons plus que valables et donc j'ai su tout de suite qu'il me fallait passer par ce moment, c'était inévitable.

 

Mon gynécologue est rapidement arrivé, a de lui même expliqué pourquoi il n'y aurait pas de césarienne. Il nous a ensuite dis que dans 50% des cas, c'était dû au cordon ombilical, les 50% restant pouvant être une multitude de raisons (infectieuses, malformations) et que l'on pourrait aussi bien ne jamais savoir pourquoi.

 

Le médecin m'a ensuite expliqué le protocole dans ce genre de situation car en plus de cela, mon col n'était pas du tout favorable pour un accouchement. La sage femme m'a donné 3 comprimés à avaler afin de préparer mon corps. Puis elle m'a expliqué que c'est seulement samedi soir qu'ils me donneraient de nouveaux comprimés afin de provoquer les contractions. Elle m'a aussi prévenu que ça pouvait être long à se mettre en place et qu'en général, il fallait plusieurs comprimés avant que le travail ne se mette en route.

 

Une longue période d'attente a alors commencé. Nous avons prévenu nos familles puis deux autres personnes. Je me sentais vraiment incapable de prévenir mes amies, même par texto. Je suis désolée qu'elles aient du l'apprendre par une tierce personne mais je ne pouvais vraiment pas. Une psychologue est rapidement venu nous parler pour nous préparer à ses événements. Elle nous a conseillé de donner le meilleur à Sibyl, pour l'accouchement, pour la suite. Que ça allait passer très vite. Elle nous a parlé de lui donner des vêtements, quelque chose de nous, de réfléchir. Et j'ai compris tout de suite qu'elle avait raison. Qu'on devait faire ça pour elle, pour notre fille même si au final ça allait être très dur.

 

Ne voulant pas rester seule, j'ai demandé à sortir afin de préparer mes affaires pour le séjour et pour l'accouchement. Nous sommes donc rentré à la maison ensemble. Cette sortie nous a fait beaucoup de bien à tous les deux, nous a un peu changé les idées et nous avons aussi pu discuter de ce que nous envisagions pour notre bébé. Nous avons profité de la joie et de l'énergie de Keyla avant sa sieste puis nous avons préparé les affaires de Sibyl. Je voulais qu'elle porte ce que j'avais cousu et tricoté pour elle, les affaires de ma babybox. Je voulais aussi qu'elle soit enveloppée dans la couverture que j'avais pensée et réalisée pour elle. Puis nous avons aussi décidé de mettre un dessin de Keyla avec elle. Voir ma fille, mes parents m'a fait beaucoup de bien et m'a donné du courage pour la suite. Ils ont aussi pu dire au revoir à leur petite fille et Keyla lui a fait un bisou.

 

De retour à la clinique, nous avons de nouveau vu la psychologue et la sage femme. Amélie nous a expliqué comment l'accouchement allait se passer, qu'une péridurale serait posé dès que je le souhaiterai. Elles nous ont aussi donné des documents afin de savoir ce qui pouvait être fait : enregistrement sur le livret de famille, autopsie, administratif, etc.

 

Au cours de la soirée, j'ai vu l'anesthésite pour la péridurale et mon gynécologue qui nous a expliqué à notre demande quel pouvait être l'intérêt d'une autopsie. J'ai pu aussi avoir un cachet afin de me détendre et de dormir. Mon mari est resté jour et nuit avec moi durant tout le séjour.

 

Samedi, je me suis réveillée à 4h et là, la douleur dans mon coeur était trop intense et je ne pouvais pas rester dans mon lit sans pleurer. Je me suis donc promené dans les couloirs pendant deux heures puis j'ai pu redormir. La première partie de la matinée étant interminable, j'ai demandé à nouveau de pouvoir rentrer chez moi. Avec Keyla nous avons fait des dessins, nous avons mangé le bon repas de mamy puis nous avons joué aux cartes, je voulais absolument m'occuper l'esprit.

 

Vers 16h, nous sommes repartis. Le moment que j'appréhendais tant se rapprochait. Ma mère m'a dit qu'elle penserait beaucoup à moi , qu'elle savait que je serai forte et mon père m'a dit d'être courageuse. La sage femme m'a examiné pour voir si le col avait bougé et non, il n'était pas plus favorable. Elle m'a dit qu'on me donnerait les cachets à minuit. Un ami est ensuite passé nous voir, il est resté deux heures avec nous et cela nous a fait un bien immense. Quand il est parti, c'est Amélie, la sage femme qui est arrivée. Elle aussi a passé deux heures avec nous. Nous avons pu lui parler de ce que nous souhaitions pour l'accouchement, pour Sibyl. J'ai pu aborder un sujet que je n'avais pas pu jusque là : à quoi je devais m'attendre quand j'allais la voir. C'est là que nous avons parlé de mon arrivée à la clinique le vendredi matin, comment elle avait vécu les choses de son côté. Elle m'a aussi dit que le gynécologue de garde, celui qui avait fait l'écho, avait revu le protocole avec l'anesthésiste de garde et qu'ils avait décidé que les comprimés ne me seraient donnés que le lendemain à 5h30.

 

Amélie et cet ami nous ont fait la même réflexion ce soir là: Benjamin et moi avons une belle complicité, des liens très forts, qu'ils voyaient rarement ça et que c'était vraiment très beau.

 

J'ai eu droit de nouveau à des comprimés pour dormir et comme la nuit précédente je me suis réveillée à 4h30. Sachant que le sommeil ne reviendrait pas, j'ai laissé Benjamin dormir et je suis allée rejoindre Amélie. Nous avons passé presque trois heures à discuter. Nous avons parlé de Sibyl, de Keyla, d'elle, de moi... Le temps a passé très vite. A 6h, elle m'a examiné, cette fois mon col était à 1cm puis elle a mis les deux comprimés. Dans les 5 minutes, les premières contractions sont apparues et plus ça allait, plus elles s'intensifiaient. De plus, elles étaient dès le départ très rapprochées, avec des fois même pas une minute entre deux.

Avant de partir, Amélie m'a présenté la sage femme qui s'occuperait de moi pour la journée, Viviane. Comme les contractions étaient déjà très fatigantes mais encore supportables, je lui ai dis que je souhaitais rapidement descendre en salle d'accouchement pour avoir la péridurale. J'ai pris ma douche puis nous sommes descendu.

Elle m'a examiné avant d'appeler l'anesthésiste, j'étais à 3cm. L'anesthésite a été très doux et très gentil, a posé la péri avec un dosage un peu plus fort, m'expliquant chacun de ses gestes, ce que je pouvais ressentir. J'ai rapidement été soulagée. Viviane a continué de nous préparer pour la naissance, comment pouvait être Sibyl. Au bout de trois quart d'heure ou une heure, les douleurs ont recommencé à apparaître et s'intensifiaient à chaque nouvelle contraction. Viviane a rappelé l'anesthésiste qui lui a dit de refaire une dose de charge. A ce moment là, j'étais à 5cm. La dose ne faisant aucun effet, l'anesthésiste est revenu pour reposer la péri. La première avait bougé et le liquide se répendait sous la peau. Les contractions s'enchainaient, même pas une minute entre chaque, et la douleur était très intense.

 

Quand je me suis rallongée, même pas une minute après, le col a lâché et j'ai senti que Sibyl était là, prête à sortir. La péridurale n'avait pas encore fait effet et déjà que c'était dur à vivre, je ne me voyais pas en plus de cela avoir la douleur physique. J'ai demandé aux sages femmes à pouvoir serrer les genoux pour essayer de préserver mon périné et ne pas avoir de déchirure totale comme pour Keyla. Elles ont donc fait le nécessaire pour que je puisse être installée comme je le souhaitais. Je leur ai aussi demandé de ne pas me dire la cause de la mort de mon bébé si elle la voyait.

 

Le temps de tout installer, la péri a fait effet et j'ai pu commencer à pousser. Comme pour Keyla, Sibyl est sortie à la troisième contraction mais cette fois tout en douceur. Benjamin n'a pas pu couper le cordon comme il le souhaitait et là nous avons tout de suite compris la cause du décès de notre bébé. Je n'ai pas pu la voir tout de suite, je ne pouvais pas. Puis j'ai demandé à Benjamin d'aller la voir pour me dire à quoi je devais m'attendre. En revenant, il m'a dit comme l'assistante de puériculture qu'elle était belle. Je lui ai posé quelques questions puis j'ai demandé à la voir et à la prendre dans mes bras. Elle était magnifique...

J'ai ensuite demandé à faire du peau à peau avec elle, et nous sommes restées ensemble plus de trois quart d'heure l'une contre l'autre. C'était un merveilleux moment, un moment de sérénité, un moment que je chérirai tout ma vie...

Je l'ai ensuite laissé partir avec son papa et l'assistante de puériculture pour qu'ils puissent l'habiller et l'envelopper dans sa couverture. C'était son moment à lui avec Sibyl. Il est bien sûr resté avec nous quand on faisait du peau à peau mais on a eu chacun notre tour un moment privilégié avec elle. Il l'a ensuite gardé dans ses bras un petit moment puis j'ai pu de nouveau la prendre. Au bout d'un moment trop court, Viviane est revenue me demandant si j'étais prête à remonter dans ma chambre puis à conseillé Benjamin de ne plus tarder pour prendre les photos. Il l'a alors mitraillé. Je l'ai repris quelques minutes puis nous sommes remontés dans la chambre. C'était une déchirure, comme si je l'abandonnais. Ce que je redoutais le plus au final aura été le plus facile, la naissance et nos moments ensemble, c'était le mieux. Et je n'avais vraiment pas prévu et pas pensé que la séparation serait le pire, vraiment le pire et le plus dur.

 

En arrivant dans ma chambre, j'ai directement demandé un cachet pour dormir. Mon mari est tout de suite allé chercher mes parents pour qu'ils puissent la voir eux aussi comme ils le souhaitaient. Ils sont contents je crois de l'avoir fait même si ça a été très dur pour eux. J'ai profité de ces moments pour reprendre Sibyl dans mes bras et Benjamin en a aussi profité pour passer quelques minutes seul avec elle. Il est encore resté avec moi la nuit qui a suivi.

 

Lundi matin, il est allé faire toutes les formalités pour les funérailles de notre fille. Oui, nous avons décidé d'aller jusqu'au bout., de l'accompagner jusqu'à la fin. Elle sera incinérée jeudi matin et nous nous retrouverons avant pour nous recueillir. Cela se passera dans l'intimité familiale. Il n'y aura aucune autopsie, comme nous l'avions décidé au départ et même si la cause n'avait pas été visible à la naissance, cela n'aurait rien changé à notre choix.

J'ai profité de son absence pour passer un long moment avec mon bébé, pour pouvoir la serrer dans mes bras, l'embrasser, lui parler, lui chanter des chansons. De nouveau, le moment de la séparation a été terrible.

Nous avons encore revu la psychologue puis mon gynécologue. Puis Benjamin a fait les papiers pour la sortie. Nous sommes repassé voir Sibyl pour lui dire au revoir, j'en avais terriblement besoin. Il fallait que je lui redise combien je l'aime, combien elle va me manquer. Et nous sommes rentrés...

 

J'aimerai remercier tous ceux qui savaient déjà d'avoir respecté notre désir de rester en famille, de n'avoir ni coup de fil, ni visite. Merci pour tous les messages de soutien que nous avons reçu par texto, les cartes, les fleurs...

 

J'aimerai quand même vous présenter ce que j'avais prévu pour la chambre de Sibyl ainsi que ce que j'avais tricoté, parce que c'est mon bébé, ma fille, parce qu'elle fait partie de nos vies et parce que je l'aime et que je ne l'oublierai jamais.

 

La chambre était presque prête, il ne manquait que quelques éléments de déco comme son prénom au dessus du lit à barreaux et une tresse de rafia avec des étoiles dessus. Cette chambre, je l'ai pensé du début jusqu'à la fin et j'étais vraiment fière de la réaliser moi-même.

 

Les fournitures :

 

Popelines azalée et vert pomme Stragier

Batiste fuschia à étoiles nacrées Stragier

Jersey framboise France Duval Stalla

Passepoils rose clair et rose foncé France Duval Stalla

Flex Transfert ID

Laines Drops (mérino extra fine, big mérino et baby alpaca et soie)

 

La chambre

 

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L'espace à langer

 

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Les cordelettes ont été faites au crochet, comme pour le mobile.

 

 

Les rideaux

 

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Le tour de lit

 

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Il est entièrement déhoussable.

 

Les gigoteuses

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Deux gigoteuses 0/6 mois dont une avec le dos vert, la seconde avec le dos coloris azalée et une gigoteuse 6/18 mois

 

Le mobile

 

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L'ensemble

 

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La seconde couverture babystar

 

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La layette

 

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Modèle drops

 

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L'ensemble brassière, bonnet et chaussons que j'aime pour les bébés. Je comptais vous le montrer pour le défi de printemps des tricoteuses des 4 saisons.

Sur mes aiguilles étaient en cours de confection un gilet avec des chevrons à col claudine, modèle drops. Je ne sais pas si je vais le défaire ou si je le terminerai un jour...

 

 

Voilà, j'ai partagé avec vous notre histoire, qui est malheureusement très triste et terriblement injuste mais à laquelle je ne peux malheureusement rien changer. Je vous remercie d'avance pour tous vos messages, mais je ne suis pas sûre d'avoir le coeur à vous répondre, ne m'en veuillez pas. Dans tous les cas, merci d'éviter les phrases du genre "elle a rejoint les petits anges au ciel", ce ne sont pas mes convictions. Mais je vous rassure, j'ai une très belle espérance concernant ma fille.

 

Sibyl, Mélynn pesait 2.630kg pour 50cm et elle était vraiment belle.